Le coussin de Lyon, un bonbon né d'un vœu contre la peste

Le coussin de Lyon, un bonbon né d'un vœu contre la peste
Entre la gourmandise et l'oeuvre d'art visuelle, le coussin de Lyon est un incontournable des tables lyonnaises - DR Voisin

Vert pâle, carré, fourré d'une ganache au curaçao : la confiserie a été créée dans les années 1960. Sa forme, elle, remonte à 1643 et à une procession destinée à conjurer une épidémie.

Le coussin de Lyon a tout d'un objet ancien. Il ne l'est pas. Cette confiserie, un carré de pâte d'amande candie vert pâle, strié d'un filet vert foncé, fourré d'une ganache de chocolat parfumée au curaçao, a été créée dans les années 1960 par le chocolatier Voisin, maison installée à Lyon depuis 1897.

Sa forme, en revanche, cite un épisode bien réel du XVIIe siècle. En 1643, la peste ravage la ville. Les échevins, qui sont alors les magistrats municipaux, font le vœu d'organiser une procession sur la colline de Fourvière pour implorer la Vierge d'épargner Lyon. Ils y remettent un cierge de plus de trois kilos de cire et un écu d'or, présenté sur un coussin de soie.

Le vœu n'est pas resté lettre morte.

Chaque année depuis, les magistrats lyonnais le renouvellent en montant à Fourvière, tandis que trois coups de canon annoncent qu'il a été respecté. C'est l'une des plus anciennes cérémonies civiles encore en vigueur dans la ville.

Le lien entre les deux se noue en 1960. Des soyeux lyonnais imaginent alors une boîte reprenant la forme et l'allure du coussin de soie historique. Le chocolatier Voisin reprend l'idée et l'applique à une confiserie. Le succès est d'abord lyonnais, puis national : le coussin s'est imposé comme l'un des ambassadeurs gourmands de la ville.

Le choix de la soie n'a rien d'un hasard commercial. Au XVIIe siècle comme au XXe, c'est elle qui fait la fortune de Lyon. Que des soyeux aient eu l'idée de la boîte, qu'un chocolatier l'ait transformée en bonbon, et que la référence remonte à un coussin de soierie offert à la Vierge : le produit condense en trois centimètres carrés les deux industries qui ont façonné l'identité lyonnaise, le textile et la table.

Le saviez-vous ? Le coussin de Lyon ne se trouve pas partout. Il est commercialisé exclusivement dans les boutiques Voisin, son créateur, et chez les épiciers fins et pâtissiers disposant de l'accord de la maison. Une rareté organisée qui a beaucoup fait pour sa réputation, et qui explique qu'on le rapporte de Lyon plutôt qu'on ne l'achète chez soi.

Un dernier mot sur l'authenticité, puisque la question revient souvent. La confiserie ne reproduit pas un coussin que l'on aurait pu voir en 1643 : elle en propose une évocation. Le vert pâle et le filet vert foncé relèvent du choix esthétique, pas du rappel documentaire.

C'est une invention du XXe siècle qui s'est fabriqué un passé, et qui le porte remarquablement bien.

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