Beaujolais nouveau : histoire d'une date inventée et d'un reflux

Beaujolais nouveau : histoire d'une date inventée et d'un reflux
Souvent décrié mais toujours populaire, le beaujolais nouveau a une communication exemplaire, à enseigner dans toutes les écoles - DR

Le troisième jeudi de novembre n'a rien d'une tradition ancestrale pour le beaujolais nouveau : la date a été fixée en 1985. Retour sur la fabrication d'un rendez-vous mondial — et sur son essoufflement.

"Lyon est une ville arrosée par trois grands fleuves : le Rhône, la Saône et le Beaujolais".

La formule, attribuée au polémiste Léon Daudet, dit assez ce que le vignoble représente pour la ville. Elle ne dit rien, en revanche, du caractère très récent du rituel qui l'a rendu mondialement célèbre.

Tout part d'une question réglementaire. Les vins d'appellation ne pouvaient être commercialisés qu'à partir d'une date donnée. En 1951, l'Union viticole du Beaujolais demande à pouvoir vendre ses vins "en primeur" ; une note administrative du 13 novembre 1951 en fixe les conditions. Le beaujolais nouveau tel qu'on l'entend aujourd'hui naît donc d'un arbitrage de bureau, pas d'une coutume paysanne.

La date, elle, a bougé.

Entre 1967 et 1985, la sortie est calée au 15 novembre. Problème : le 15 tombe parfois un dimanche, jour peu propice au commerce. En 1985, on adopte le troisième jeudi de novembre, à minuit. Le jeudi lance le week-end, la mécanique commerciale est en place. Le succès qui suit est spectaculaire : le beaujolais nouveau devient l'un des très rares produits agricoles français à disposer d'un rendez-vous planétaire, particulièrement suivi au Japon et aux États-Unis.

Un mot sur ce qu'il y a dans le verre, car la contrainte de calendrier dicte la technique. Le beaujolais nouveau est issu du gamay et vinifié en macération carbonique : les grappes entières fermentent en cuve fermée, ce qui extrait la couleur et les arômes fruités sans les tanins durs. Le vin est prêt en quelques semaines.

C'est cette vinification rapide qui rend possible une mise en marché dès novembre, et qui explique aussi le profil très fruité — banane, bonbon anglais — que ses détracteurs lui reprochent.

Depuis, le reflux est net. Les volumes sont passés d'environ 450 000 hectolitres à 120 000 en deux décennies. Les ventes ont reculé de 22 millions de bouteilles en 2018 à quelque 14 millions en 2024. Le Japon reste le premier importateur mondial, avec environ 17 000 hectolitres, mais les expéditions à l'étranger ont été plus que divisées par deux en six ans.

Ce recul n'est pas subi de bout en bout. Les producteurs assument une partie du mouvement : plutôt que le primeur, ils mettent désormais en avant les dix crus du Beaujolais — Morgon, Fleurie, Moulin-à-Vent et les autres — et les appellations de garde. Le prix de l'hectolitre a d'ailleurs sensiblement augmenté sur la période.

Le saviez-vous ? La réputation de vin bâclé qui a collé au beaujolais nouveau dans les années 2000 a eu un effet inattendu : elle a poussé le vignoble à réinvestir ses crus.

Le troisième fleuve n'a pas tari, il a changé de lit.

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